AGAME BARBU: MORSURE ET NECROSE DE LA QUEUE

Ce joli Pogona vitticeps s’est fait mordre la queue…par un congénère !

L’agame barbu est un lézard originaire des régions semi désertiques d’Australie, de format compact, et assez fréquent chez les amateurs de reptiles. 

Il est en effet assez facile d’entretien, à condition de respecter des conditions environnementales minimales, en particulier concernant les températures et l’éclairement. Juvénile, il se nourrit principalement d’insectes, puis consomme plus de végétaux à l’âge adulte. Les pogonas se laissent volontiers manipuler sans aucune agressivité. 

Cependant, beaucoup de gens igorent qu’il ne s’agit pas d’une espèce grégaire, même si des rassemblements d’agames barbus peuvent être observés. Les combats entre les mâles sont fréquents, et dans les terrariums on observe des morsures entre tous types de spécimens. La situation la plus délicate est celle des jeunes à l’élevage: si on ne les sépare pas rapidement, ils se mordent les uns les autres et s’infligent de lourdes blessures aux doigts et à la queue.

Pogona vitticeps victime d’une morsure

Rien d’étonnant alors que notre patient du jour soit présenté à la consultation avec une nécrose des derniers centimètres de l’appendice caudal !

La morsure parait anodine les premiers jours, sauf lorsque la gueule a réussi à déchirer les tissus. Cependant les vaisseaux sanguins irriguant la queue du lézard sont très souvent sectionnés et la queue se nécrose progressivement. 

L’extrémité de la queue apparait désséchée et cartonnée

A ce stade, il est illusoire de vouloir sauver les tissus qui sont déjà nécrosés, et la seule solution réside dans une amputation. Elle est réalisée à la clinique sous anesthésie générale. 

Amputation de la queue réussie.

Fin d’intervention sur ce pogona, un petit pansement pendant 3 semaines, quelques injections antibiotiques, et c’est reparti. Mais attention, si on replace les individus ensemble dans le même terrarium, de nouvelles morsures sont à craindre… 

 

LE SERPENT A DEUX TETES

Voici un cas peu banal.

Un serpent bicéphale.

Une éleveuse de serpents a obtenu il y a quatre ans une Pantherophis guttatus dotée d’une tête surnuméraire. La seconde tête est apparue viable dès le début, même si elle présentait quelques anomalies et en particulier une déformation de la machoire inférieure assez prononcée.

La tête montrait une certaine autonomie, avec des mouvements à peine perceptibles, notamment au niveau de l’abouchement de la trachée et de la langue.

Deux têtes à l’éclosion… laquelle commande ?

La tête principale, dans l’axe de la colonne vertébrale, dirige visiblement le corps, alors que la seconde, qui possède quelques vertèbres seulement, subit tous les mouvements.

Evidemment, seule la tête principale peut saisir et déglutir une proie…

Serpent(s) siamois, mais parfaitement viable(s).

Nous avions proposé de retirer cette tête dans les jours qui ont suivi la naissance, mais la propriétaire a préféré garder l’animal en l’état, en l’élevant sur du papier absorbant. En effet les muqueuses buccales de la tête secondaire étant au contact direct du sol, il était impossible d’envisager de le placer en terrarium avec substrat et décor.

Nous avons suivi la santé de ce serpent durant 4 années, et force est de constater qu’il s’est développé normalement, avec une bonne croissance, une bonne vivacité.

 

Quatre ans plus tard….

Après 4 ans,  la seconde tête s’éteint progressivement.

Probablement à force de frottements, les muqueuses de la seconde tête viennent à sécher ce qui a engendré une nécrose. La tête n’est quasiment plus active. Après discussion, la propriétaire décide de sauver l’animal d’une possible évolution gangréneuse et nous tentons l’ablation chirurgicale de la tête surnuméraire.

La couleuvre en face ventrale juste avant la chirurgie.

Nous effectuons une dernière radiographie pour aider à la chirurgie. Elle confirme que la tête secondaire n’est pas totalement fusionnée à la colonne vertébrale. Il faudra une bonne heure 30 de dissection fine pour dégager les deux jugulaires, les deux carotides, les deux trachées abouchées l’une à l’autre et effectuer l’hémostase sans asphyxier la tête principale. Le tube digestif secondaire apparait fusionné avec le premier, et nous devons le ligaturer pour assurer la survie du serpent.

Radiographie pré-opératoire

L’opération est un succès, et notre serpent poursuit son parcours… seul !

La transillumination, méthode d’investigation du gecko ?

Voir à travers le corps, rêve ou réalité ?

Il existe une ancienne méthode diagnostique d’imagerie médicale qui aujourd’hui n’est quasiment plus utilisée, avec la pléiade d’appareillages médicaux disponibles (échographie, radiographie, scanner, RMN). Il s’agit de la transillumination, qui consiste à éclairer fortement une partie du corps pour voir l’intérieur.

Impossible me direz-vous ? et bien non !

En médecine humaine, lorsqu’il est délicat de placer l’organe considéré sous un appareil radio (un de ces organes qu’on trouve sous la ceinture par exemple), il arrive qu’on préfère encore la technique de transillumination 🙂

Mais ne nous égarons pas.  Quelle est l’utilité de cette technique chez les geckos ?

« Gecko transparens »

Gecko léopard

Non ce n’est pas une nouvelle espèce décrite à Champagne Au Mont d’Or, mais lorsqu’on manipule un gecko léopard Eublepharis macularius face à une source lumineuse, il est bien transparent !

La preuve, sans même avoir recours à une lampe, car rien ne vaut le spectre solaire…

Un gecko au soleil…

L’anatomie interne révélée.

Sur le flanc, en vue de profil, on voit très clairement les deux corps adipeux pelviens qui couvrent le glandes reproductrices et la vessie. Plus haut, le foie puis le coeur se distinguent également. Entre les deux, le système digestif imperceptible sur cet exemple.

En vue de face, on voit apparaitre le système veineux abdominal.

Vue ventrale

Quelle valeur diagnostique ?

Finalement, à quoi cette technique peut-elle vraiment servir ?

En pratique, les geckos sont souvent constipés, et l’on peut détecter des masses digestives sombres.

Par ailleurs, les femelles en gestation ou en rétention d’oeufs peuvent être très simplement détectées par transillumination. Enfin l’examen peut montrer une stase folliculaire, maladie bien difficile à soigner.

Evidement une radiographie apportera plus de détails, mais il n’est pas si simple d’obtenir un bon cliché sur les geckos étant donné leur poids minime et leur faible densité. Et puis la transillumination, c’est simple, rapide, non dangereux et… peu coûteux !

Enfin, on notera que la transillumination présente aussi un intérêt chez les amphibiens, notamment ceux qui ont la peau claire, et chez les varans, comme méthode de sexage.